Renaissance de la vigne à la Roche de Mûrs

Replanter en vigne la Roche de Mûrs et lui rendre sa physionomie d’antan : ce n’est rien moins que le pari téméraire de deux parties qui sont prêts à s’unir pour essayer de le réaliser. D’un côté, on trouve la ville de Mûrs-Érigné qui souhaite valoriser ce site d’exception sur les conseils de la DIREN (Direction Régionale de l’Environnement) en le réhabilitant et, de l’autre, deux vignerons locaux qui produisent et commercialisent du vin bio et notamment du " Coteaux de l’Aubance ".

Partageant avec ces deux acteurs économiques locaux la même vision écologique, nous avons décidé de tout faire pour remettre en exploitation, ensemble, une parcelle qui accueillait autrefois une vigne.

La petite histoire

Dès le moyen-âge, ce sol schisteux et superbement exposé du plateau de la Roche de Mûrs, actuellement inculte, a produit du vin de grande qualité.
En 1943, à l'époque où le syndicat de l'Aubance présidé par Joseph Cherbonneau recensait encore 18 viticulteurs à Mûrs, l'un d'eux, M. Gouasbault exploitait la côte située au pied du Monument républicain. L'étiquette de son vin indiquait en caractères gras " Grand vin d'Anjou " et, au dessous, en marque déposée, " Roche de Mûrs " en lettres anglaises. Le monument républicain avec Marianne flanquée de ses deux lions figurait sur toute la hauteur de l'habillage.

Au début du XXème siècle, l’abandon de la production viticole laissa place à un système de pâturage permettant un entretien et le maintien de l’ouverture du milieu.

À partir des années 60, le terrain fut entièrement abandonné laissant une friche composée d’une végétation typique des pelouses et des landes.

En septembre 2009, la Municipalité rachète à l'association sacerdotale Pie X, ce terrain de 3,56 ha dans le but de lui rendre sa physionomie d’antan et lui restituer sa vocation première : la vigne.

En juin 2010, la ville commandite à un groupe  d’étudiants de 3ème année de l’ESA (Ecole Supérieure d’Agriculture d’Angers) une étude de caractérisation du site de la Roche de Murs. Cette étude consistait à établir un diagnostic, à appréhender la dynamique d’évolution et à proposer des orientations de gestion de la zone de landes du plateau de la Roche de Murs. Sa conclusion : " Toutes les conditions sont ainsi réunies pour favoriser la culture de ce vin Coteaux de l’Aubance ".

Le projet : réhabiliter un lieu empreint d'histoire

La Roche de Mûrs est un site classé Patrimoine Mondial de l’Unesco, il est protégé et préservé par une politique de développement durable qui mérite d’être valorisée. Aujourd’hui, des sentiers pédestres permettent de la découvrir, mais quoi de plus parlant que de montrer le potentiel insoupçonné de cette terre ?

La promotion du local avant tout

Aujourd’hui la valeur du terroir viticole de la région angevine n’est plus à démontrer et apparaît comme une véritable identité locale.

Le site de la Roche de Mûrs possède une aire d'appellation viticole qui méritait d'être exploitée, remplaçant ainsi les friches envahissantes qui s’y étaient installées. C’est dans cette optique de valorisation de son territoire que la Ville s’est lancée dans un projet de grande envergure : replanter une parcelle de vignes là où, il y a quelques décennies, une parcelle viticole était déjà exploitée, afin de renouer avec le patrimoine passé et de valoriser cette ressource locale. Partant de cet objectif, il apparaissait logique que ces terrains soient exploités dans le plus grand res-pect, donc en agriculture biologique, et par des vignerons indépendants locaux. Une bonne occasion de valoriser ce merveilleux site naturel par une action qui stimulera l’économie locale. Les caractéristiques du terroir étant figées par nature, c’est normalement au vigneron, lors de la plantation, de choisir un cépage adapté aux conditions du milieu et non l’inverse. La parcelle de la Roche de Mûrs étant une zone d’Apellation d’Origine Controlée (AOC) " Coteaux de l’Aubance ", la parcelle imposait par ses réglementations le cépage " Chenin ".

La préparation des terres

La démarche a réellement pris forme lorsqu’en 2010, les ronces et autre végétation sauvage qui étouffait le site ont été arrachées, puis un semis de seigle sur le futur terrain prévu pour la plantation des pieds de vigne a été organisé.

En novembre 2010, vignerons et bénévoles s’étaient réunis pour ensemencer à la main, avec du seigle, les 3.5 hectares de terrain. Cette plante, en se dégradant, a permis d’enrichir le sol en matière organique et d’attirer les micro-organismes et vers de terre qui garantiront la production d’humus : engrais vert très apprécié des plantes. De plus, le seigle, en poussant, développe ses racines profondément ce qui, avec l’aide des vers de terre, permet l’aération du sol très schisteux et rocailleux du site. Cette technique permet la stabilisation de la microstructure du sol contrairement à une méthode conventionnelle, prévenant donc tout risque d’érosion et de dégradation du site.

29 juin 2013 : la plantation

Dès mars, une partie de la vigne est plantée par Maurice Forest. Le samedi 29 juin 2013, la seconde partie détenue par Marc Houtin fût plantée en présence des érimûrois, des partenaires, des élus et de toutes les autres personnes désireuses de participer à ce moment de convivialité.

En plantant en 2013, la Roche de Mûrs devrait laisser apparaître de jeunes plants de chenin blanc à son sommet et tout le monde pourra déguster la première cuvée spéciale de coteaux de l’Aubance biologique de la Roche de Mûrs en 2016.